Schizophrénie de l’écriture, ça se soigne… ou pas
Il paraît qu’écrire avec plusieurs voix, c’est louche. Qu’adopter des styles différents selon les projets, c’est un signe de confusion. Et que publier sous plusieurs pseudos, c’est carrément suspect. Une autrice se doit d’être « cohérente », paraît-il. Mais qui a dit que la cohérence était une vertu littéraire ?
Bienvenue dans ma tête. Ou plutôt : mes têtes.
Une seule, cent voix ou sans voix
Un jour, j’écris un drame étranglé de silences. Le lendemain, une uchronie technologique avec IA reptilienne. Le surlendemain, une poésie noire murmurée par un livre vivant.
Suis-je illisible ? Peut-être. Mais je suis libre. Et surtout, je ne m’ennuie jamais.
Chaque plume que j’utilise est une facette de moi, mais aucune ne me définit entièrement. Ce sont des masques, oui. Mais pas pour cacher. Plutôt pour exprimer autrement.
Alors forcément, de l’extérieur, ça peut ressembler à une cacophonie. Mais pour moi, c’est une polyphonie. Une douce mélodie étrange et enivrante qui me berce dans ses flots tumultueux et ininterrompus.
Pourquoi ce choix multiple ?
Parce que l’écriture, pour moi, est un laboratoire. Et que les fioles ne contiennent pas toujours la même potion. Certains jours, je veux explorer des entrailles psychologiques. D’autres, je veux danser avec les métaphores comme on fait des rituels au clair de lune.
Changer de style, de thème ou de ton n’est pas une trahison : c’est une expansion. C’est refuser la camisole de la ligne éditoriale unique, et préférer le manteau rapiécé des possibilités multiples.
Les risques ?
Oui, bien sûr qu’il y en a. Certains lecteurs sont déroutés. On me demande parfois quel est « mon vrai style ». Comme si j’avais une pièce d’identité littéraire à présenter.
Certains mesquins essaient de piquer parfois, en lâchant un sourire effronté, accompagné d’un « faire plusieurs types de bouquins à la fois, c’est le meilleur moyen de n’en réussir aucun ! » Si, ceux qui lance se genre de remarques pense m’envoyer un pieu en plein cœur, j’ai un scoop pour eux : ce nano-dard n’est rien en comparaison de cette passion qui m’envahie à chaque histoire.
La vérité, c’est que je les aime tous. Mes styles, mes humeurs, mes personnages écorchés ou absurdes. Ce n’est pas une stratégie, c’est une nécessité. C’est ma drogue à moi. Pourquoi penser un seul instant à une substance illicite, lorsque votre imagination seule est capable de vous emmener si loin, vivre des aventures si différentes ?
Si j’étais contrainte d’écrire toujours de la même façon, j’arrêterais d’écrire. Ou je me trahirais… Je m’ennuierais.
Et toi, combien de voix dans ta plume ?
Peut-être que tu te reconnais dans cette polyphonie. Peut-être que tu t’es déjà dit : « Ce projet ne me ressemble pas du tout, et pourtant je dois l’écrire. »
Bonne nouvelle : tu n’es pas instable. Tu es créateur. Et crois-moi, le monde manque bien plus de nuances que d’écrivains fous.
Alors non, la schizophrénie de l’écriture, ça ne se soigne pas. On ne la met pas non plus sous camisole. Mais on l’écoute, on l’accueille, on l’écrit… Et surtout, on l’assume.
Et si un jour on me demande mon “dossier médical d’autrice” ?
Je l’ouvre fièrement et avec le plus large des sourires, je pourrait dire « diagnostic confirmé ».